Jean-Jacques Rousseau - Les Confessions

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Jean-Jacques Rousseau - Les Confessions

Message  raoul31 le Lun 8 Mai - 3:18

Rousseau, Les Confessions

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) connaît la gloire en 1750 avec son Discours sur les sciences et les arts dans lequel il expose sa théorie, à savoir que l’Homme, d’un naturel bon, est corrompu par la société. C’est dans Le Contrat Social qu’il propose une convention fondamentale pour garantir l’égalité entre les hommes et la liberté. Dans ce combat de la liberté il va d’ailleurs plus loin que Voltaire, lequel l’attaque, considérant que sa philosophie passéiste est risible.
Les Confessions, écrit entre 1765 et 1770 et publié en 1782, est son autobiographie. Le passage étudié se situe dans le Livre I et relate une chasse aux pommes qui a mal tourné.
Nous allons voir quelles sont les particularités d’écriture de ce souvenir et la manière dont Rousseau en fait un récit à suspens.
Pour cela nous allons tout d’abord étudier la composition et l’organisation du récit, ensuite nous verrons en quoi le souvenir relaté constitue un souvenir fondateur, et pour finir nous verrons que les différents registres employés font de ce récit un récit à suspens.

I) Composition et organisation du récit

La phrase d’ouverture, d’entrée, nous donne les informations essentielles sur :
-la thématique : “une chasse aux pommes qui me coûta cher” : évocation de l’évènement et allusion à ses conséquences.
-la tonalité : la “semi-oxymore” l.1 “qui me fait frémir encore et rire tout à la fois” met en évidence le caractère contradictoire de ce passage : le smots “chasse” et “frémir” orientent vers le registre épique, l’expression “coûta cher” vers le tragique et l’expression “chasse aux pommes” vers le comique.
-le statut de l’épisode : le lexique et l’indicatif présent créent un effet d’insistance pour montrer la persistance du souvenir pour l’auteur.
Le reste du paragraphe renforce cette idée de persistance par l’énumération de nombreux détails précis (“j’étais seul”, “j’allai chercher”, ...)
Les deuxième et troisième paragraphes content la chasse aux pommes en elle même, montrant que l’adolescent est organisé et persévérant. On note une évocation de la conclusion l.26 : “malheureusement le dragon”.
Le dernier paragraphe présente une rupture dans la logique narrative : on passe du récit de la chasse aux pommes à l’analyse des actions de l’auteur consécutives à cet épisode. Cela montre que les douloureuses conséquences de cette tentative ratée ont eu un réel impact sur Rousseau : la punition l’a incité à continuer de voler. (“à force d’essuyer de mauvais traitements”, “Sur cette idée je me mis à voler”)
Dans ce passage, le “je” est bien sûr omniprésent mais c’est tantôt :
-le “je” qui agit, sujet des verbes d’actions : “je tirai”, “je parvins”,...
-le “je” qui réfléchit, sujet des verbes de jugement : “je trouvais que”, “je jugeais”,...
-le “je” qui fait des commentaires au moment de l’écriture : le locuteur adulte revisite le passé : “partagez mon affliction”, ...
L’emploi des différents temps verbaux est complexe :
-les temps du passé relatent les actions successives pendant la durée de l’épisode, sauf l.29 à 39, qui sont des actions dans un temps non défini, hors épisode.
-le présent d’écriture ou de narration, qui sert respectivement à indiquer que l’auteur se remémore l’épisode en exprimant un constat, et pour faire revivre des actions passées mais réactualisées.
-le futur, qui suggère soit la difficulté d’exprimer la force du sentiment ressenti, soit une interrogation du narrateur.
=>C’est donc un récit particulier qui met en évidence la complexité du “je” autobiographique : il renvoie à des moments différents de la vie du narrateur. Le récit montre aussi la difficulté d’écriture à cause du “télescopage” des temps.

II) Un souvenir fondateur

Plusieurs éléments dans le passage montrent le poids de l’épisode pour l’auteur :
-lignes 1 et 28 : “me fais frémir encore”, “La plume me tombe des mains” : ces expressions indiquent que Rousseau est toujours influencé par ces souvenirs marquants.
-lignes 29-39 : on note l’emploi d’un double lexique, juridique et psychologique, qui permet à l’auteur de montrer la causalité entre la répression de ce vol manqué et les autres vols qu’il a commis par la suite : les châtiments subis auraient eu une fonction justificative : Rousseau a continué de voler par vengeance, en réponse à la punition excessive.
Le lien entre Pouvoir et Domination, qui est une des idées essentielles de la philosophie de Rousseau, apparaît ici ligne 8 et 27 (“maître”). Il considère que le comportement du dominant détermine celui du dominé, car lui donne une image négative de lui-même. Le vocabulaire employé montre que c’est un adulte qui porte ce jugement.
=>L’enfance et l’adolescence sont donc les fondements de la pensée sociale et juridique de Rousseau, comme le montre la relation autorité imposée/subie qu’il met en évidence à travers ce souvenir qui constitue un magnifique exemple de sa théorie.

III) Un récit à suspens jouant sur les différents registres

Rousseau emploie des moyens variés pour :
-susciter l’intérêt et la curiosité du lecteur : placés en première phrase, “frémir”, “rire”, “chasse aux pommes” et “coûta cher” sont autant d’expressions qui placent cet épisode sous le signe de l’aventure et laissent le destin du jeune chenapant assez flou.
-créer un effet d’attente : la multiplication et l’accumulation des détails précis durant la description de l’acte (lignes 2 à 27, verbes d’actions, adverbes, etc...) retardent le dénouement de l’histoire et tiennent ainsi le lecteur en haleine.
-créer un effet de surprise : le terme “malheureusement” l.26 laisse présager une fin dramatique, cependant l’auteur laisse le lecteur s’imaginer le dénouement grâce aux points de suspension l.28.
D’autre part, on note l’emploi de différents registres :
Dès la ligne 1, il y a une hésitation sur la tonalité (“frémir encore et rire tout à la fois”).
-Les mots “frémir”, “chasse”, “dragon” et “jardin des Hespérides” renvoient au registre épique, celui de l’aventure et des héros. Rousseau entend ainsi amplifier les dangers de son aventure.
-Cependant, les efforts démesurés de l’adolescent pour saisir une simple pomme deviennent vite risibles, et cette situation est confirmée par l’entêtement du jeune homme pour une chose aussi insignifiante. Le texte prend alors une tournure comique.
-Enfin, l’appel à la pitié de l’auteur ligne 18 et le lexique de la souffrance (“douleur”, “mauvais traitements”, “être battu”) orientent le passage vers le registre pathétique.
=>Rousseau joue donc sur l’emploi de différents registres pour maintenir l’attention du lecteur en éveil : on ne sait pas vraiment ce qu’il va advenir avant la fin.

CONCLUSION
Ce passage révèle plusieurs particularités de l’écriture autobiographique de Rousseau :
-Le récit montre tout d’abord que si le vol d’une pomme peut sembler banal, il se révèle en fait fondamental pour l’auteur et l’évolution de sa personnalité.
-Ce passage montre également la volonté de l’auteur d’élucider avec le regard et la réflexion de l’adulte qu’il est devenu le sens de cet épisode et de ses conséquences.
-Enfin, cet extrait révèle le sens du récit de Rousseau, puisque le rythme de l’épisode, placé sous le signe du suspens, reflète également l’espoir et l’attente du jeune “héros” face à la réussite de son entreprise (il met en effet toute son énergie et son savoir-faire dans une action dérisoire); Enfin, le mélange des registres souligne la complexité des émotions du narrateur lorsqu’il revit ce souvenir.

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Re: Jean-Jacques Rousseau - Les Confessions

Message  CallMeGnou le Mar 9 Mai - 23:51

-la tonalité : la “semi-oxymore” l.1 “qui me fait frémir encore et rire tout à la fois” met en évidence le caractère contradictoire de ce passage : le smots “chasse” et “frémir” orientent vers le registre épique, l’expression “coûta cher” vers le tragique et l’expression “chasse aux pommes” vers le comique.
Mais nawac... Un oxymore c'est à l'intérieur du même énoncé : genre un soleil noir ou bonté assassine. Enfin je me chie ptet, mais pour moi c'est au mieux une antithèse.
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